Le Chantier: un présent en mouvement

Les rails qui filent en direction de Lausanne sont encadrés d’un côté par le paysage de Renens et sont de l’autre côté arrêté par les barrières de chantier – derrière lesquelles le passant se surprend à fantasmer toutes sortes de réalités.

 

Tout chantier est un exercice périlleux.

Parce que c’est un entre-deux bâtard, à mi-chemin du souvenir et du potentiel. Un lieu où l’on se prend les pieds dans le sable, dans les gravats, où notre horizon se perd parfois où commencent les grues et les tractopelles. Un chantier mêle la rigueur de la planification et le chaos de l’imprévu. Il bouleverse notre perception de réalité – il la tord, la malmène, la crève. Il rase nos ombres, nos points de repères, nos tracés. Il en crée d’autres, bien sûr, mais ce sont alors des déviations et des raccourcis improbables qui rallongent notre quotidien.

Jean-Claude, spectateur assidu du chantier, connaît les détails du processus mieux que quiconque.

 

Pourtant, le chantier est exaltant. Pour celui qui se tient sur ses abords, sur les flancs de ce gigantesque animal, c’est un combat permanent entre passé et futur. Si comme Jean-Claude vous restez sur les rives du chantier, alors vous assisterez à cet entre-deux en évolution, où l’on voit le Temps, celui avec un grand T, à l’œuvre.

9 mai 2018 – passage sous-terrain en chantier. Le rythme des panneaux et des lumières créent une architecture éphémère alternative.

 

Le chantier est aussi un lieu de cohabitation. Les vestiges du passé y côtoient les fragments futuristes, comme les anciens poteaux ferroviaires qui se sont, un mois durant, superposés à la construction des nouvelles marquises. On a alors l’étrange impression de contempler simultanément deux époques, deux discours.

Le chantier délie les langues, les envies, les émotions aussi, parfois. Comme il est aisé de parler du chantier avec des inconnus ! C’est un sujet qui roule sur les terrasses des cafés – au sud de la gare – où l’on considère d’un regard doux-acide le parasol gracile incarné par la grue. Mais la discussion part encore plus loin ! Elle suit les pendulaires jusque sur leur lieu de travail. Et, à la pause-café, c’est à celui ou celle qui saura faire courir les rumeurs les plus folles sur l’avenir de la gare de Renens : « Mais vous savez qu’ils vont faire arriver la station du m1 directement dans le bâtiment de la gare ? » « Mais non ! » « Mais siiiii, et même qu’on n’aura plus besoin de marcher ! » « Ah bon ? Mais moi j’ai entendu l’inverse, que la station allait être reculée de plus de 200m ! » « Mais non ! » « Mais siiiii ! À ce rythme-là, ce sera plus rapide d’attendre le tram » « Mais j’ai appris que sa construction avait été annulée ! » « Mais non ? » « Mais siiiii ! » etc, etc, dans le rythme babillant des discussions de 10h…

Un processus en perpétuelle évolution, où les fragments du passés côtoient le futur visage de la gare. Elegance des anciens montants de la marquise qui cohabitent avec la nouvelle couverture des quais. 9 mai 2018.

 

Le chantier inspire aussi les artistes, comme Goullagoullik, qui brode dans chacune de ses planches autour de ce thème. Il lui inspire tour à tour l’atmosphère d’un décor futuriste digne de blade runner, l’utopie de la passerelle rayon vert, la rêverie du pendulaire qui attend dans un univers en perpétuelle évolution…

Chapitre Cyberpunk https://pjgr.ch/portrait-de-la-gare-de-renens-chapitre-8/

 

Après la frénésie qui a régné sur le chantier au cours de l’été, nul doute que bon nombre de pendulaires vont être étonnés du paysage qu’ils vont découvrir à la rentrée : de nouvelles marquises, la destruction de l’ancien bâtiment de la coop, la retraite de la cabine de contrôle située sur la voie 1… Un processus qui n’est pas prêt de s’arrêter.

Le chantier ? Un présent en mouvement.

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