L’amélioration de la mobilité dans le secteur de la gare : test réussi !

30 novembre 2017 Travaux, Piétons 0 commentaire

En collaboration avec Franziska Meinherz, doctorante de la faculté des sciences et de l’ingénierie de l’environnement, Jade Rudler, architecte de formation et doctorante en urbanisme à l’EPFL a mené une semaine ENAC chez nous, à la gare de Renens. Entretien avec la meneuse d’une expérimentation urbaine audacieuse et créative.

Rencontre avec Jade Rudler, architecte-urbaniste ©PJGR

 

Qu’est-ce qu’une semaine ENAC et à quoi ça sert ?

Jade Rudler : « Ce sont des semaines organisées par la faculté EPFL de l’environnement naturel architectural et construit. Elle inclut plusieurs formations, dont celles d’ingénieur civil, ingénieur de l’environnement et architecte. Le but est d’effectuer un vrai projet pluridisciplinaire avec les étudiants et de les inciter à travailler ensemble et à communiquer en mélangeant les différents corps de métier qu’ils représentent. »

Pourquoi avoir choisi la gare de Renens comme cas d’étude ?

Jade Rudler : « Parce qu’il s’agit d’un endroit en mutation surtout, mais pas uniquement… Premièrement, il y a un réel processus de planification en cours. Le travail des étudiants permet donc de nourrir le projet de la future gare de Renens avec un regard externe. Deuxièmement, toutes périodes de travaux devant être subies, l’idée est d’apporter des améliorations tout de suite. La zone de rencontre de la gare de Renens méritait d’être valorisée au vue de sa forte fréquentation. Enfin, notre but est de confronter les étudiants à la réalité en les plongeant dans une situation concrète. En choisissant le parvis de la gare de Renens nous voulions sensibiliser à la fois les habitants et les passants sur l’évolution de ce lieu, mais aussi sensibiliser les étudiants sur l’impact de leur travail dans la société. »

Si je comprends bien, la démarche consiste à la fois à tester les élèves, améliorer la vie des habitants et usagers tout en apportant un nouvel éclairage sur le projet en cours ?

Jade Rudler : « C’est ça, oui. Je rajouterais même que l’ensemble de l’intervention permet de tester ce qui pourrait être pérennisé plus tard: une nouvelle construction, place ou aménagement, etc… Comme ça, on essaie, on regarde ce qui plaît/déplaît et on l’intègre dans le chantier pour que le résultat plaise et soit accepté. »

 

 

Le projet des étudiants ©EPFL/ENAC

La gare de Renens s’est donc transformée en véritable laboratoire d’urbanisme la semaine du 1er au 5 mai 2017. Les étudiants, tels des scientifiques, sont venus observer les passants dans leur milieu naturel. Questions, photos, analyses s’enchaînent pour répondre à la consigne « Imaginer une zone de rencontre temporaire, où les véhicules doivent respecter la limite maximale de 20 km/h et où la priorité des piétons doit pouvoir s’étendre du trottoir à… la chaussée ».

Je m’étonne et demande à Jade Rudler :  » Vous parlez de zone de rencontre comme dans les zones résidentielles par exemple où les enfants jouent dans la rue ?  »

Jade Rudler : « Evidemment que non, l’enjeu n’est absolument pas le même. Si la sécurité permet aux enfants de jouer au foot dans la rue des zones résidentielles, dans les interfaces de transports on cherche plutôt à fluidifier le trafic. Ici, les tensions sont dues par le mélange des différents modes de transport : bus, train, tram, vélo, voiture, piéton… En Suisse, ces zones se trouvent forcément devant les gares. Alors le but est de rendre les mouvements fluides, sans files, sans attentes. »

Une fois la consigne claire, voici ce qu’ont fait les étudiants avec un peu de végétation, du bois et quelques pots de peinture. « Remixer » l’espace du parvis, c’est-à-dire mélanger l’existant avec de nouvelles idées, a permis à nos laborantins d’instaurer une nouvelle énergie avec de nouvelles combinaisons spatiales et de nouveaux liens entre les lieux et les gens.

 

 

 

 

Certains diront que tout ceci n’est que du « blabla » ou que « peindre des traits par terre ne sert à rien ». Vraiment ? Et quand donne-t-on la possibilité aux automobilistes, pendulaires CFF, chauffeurs de bus et familles avec poussette de se rassembler pour discuter de la fluidité du trafic ?

« Les étudiants ont échangé avec le maximum de personnes possible: des jeunes, des seniors, des chauffeurs TL, des utilisateurs de trottinette et même les livreurs de la Coop » rappelle Jade Rudler. Ainsi, trois préoccupations inquiéteraient toutes ces personnes.

Premièrement, la sécurité. Ni les piétons, ni les chauffeurs ne pouvaient se déplacer en confiance. La zone de rencontre temporaire propose donc de réinventer le passage piéton en utilisant des motifs au sol qui se rapprochent bien plus de nos mouvements naturels. En jouant avec le nombre et la direction des traits peints au sol, le marquage indique les endroits où les piétons traversent la route le plus fréquemment et donc, les zones qui exigent un comportement plus vigilant.

Le marquage densifié au sol indique les lieux où les piétons traversent la route ©PJGR

 

Deuxièmement, il y avait un manque d’unité sur le parvis de la gare de Renens. Le souhait est de créer une véritable place publique et non un îlot coupé par des routes. La présence des traits au sol répond également à cette ambition, mais pas uniquement… « Les gens ont souvent relevé le manque d’offres d’activités pour jouer, attendre, se reposer, pic-niquer » explique Jade Rudler, d’où la fabrication de mobiliers urbains en bois.

En provenance de Vufflens, le bois était plus facile à manier pour nos apprentis aménagistes. De plus, comme il s’agit d’installations temporaires, il fallait garder la possibilité de pouvoir facilement démonter et déplacer les structures.

Le mobilier offre de nouvelles possibilités aux passants ©PJGR

 

Enfin, confesse Jade Rudler: « Les gens disaient que c’était tout gris ici, que ce n’était même pas une vraie place« . Il fallait donc renforcer l’identité du lieu. Les peintures au sol, l’installation des structures en bois ainsi que la présence d’arbres dans des pots rouges ont également la mission de marquer le parvis, de lui donner enfin une identité.

Quel est le bilan des installations proposées par les étudiants ?
Ce qui devait initialement durer un mois a été prolongé de six mois par la Municipalité de Renens. Les contrôles de la police démontrent que les habitudes des piétons, tout comme celles des automobilistes, ont évolué vers un mode de cohabitation plus pacifique. Enfin, « en décembre 2017, un bilan permettra de décider si le test aura été concluant et si la zone de rencontre peut être maintenue jusqu’aux travaux de réaménagement » écrit Jade Rudler dans le magazine officiel de la Fédération suisse des Urbanistes (Collage, octobre 2017).

 

Quelques liens pour connaître le projet plus en détail…

Pour lire les témoignages des étudiants après cette semaine ENAC sur le parvis de la gare de Renens, veuillez cliquer ici.

Pour lire l’article de Jade Rudler dans la revue Collage, veuillez cliquer ici.

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